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26/09/2015

A la découverte de Karukera – 8 – Le sentier côtier de l’Acomat

 Reprise d'archive

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Aujourd’hui je vous invite à nous suivre sur le sentier côtier de l‘Acomat qui relie l’Anse de la Source, située au sud de Trois-Rivières, à l’Anse Grande Ravine. Cette partie sud de Basse Terre est recouverte de coulées de lave crachées par la Soufrière il y a plus de cent mille ans. Bien qu’encore actif ce volcan s’est « civilisé » et ne crache plus à tout va comme il le faisait dans sa turbulente jeunesse.

 

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Du fait de ces coulées de lave le sol est très fertile et le chemin traverse une végétation dense et variée. Il faut d’ailleurs être très vigilant pour ne pas en perdre la trace et s’il n’était pas régulièrement emprunté il faudrait peu de temps pour qu’il disparaisse.

 

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Mais aux endroits battus par la mer aucune végétation n’a pu s’accrocher et les coulées de lave sont hérissées de lames de basalte tranchantes comme des couteaux qui – c’est le cas de le dire - coupent court à toute velléité de baignade.

 

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Cette côte dangereuse est poissonneuse et l’on y pêche notamment l’impressionnante dorade coryphène (que l’on peut aussi écrire « daurade », la langue française est rarement aussi tolérante !) si chère à Alain Bombard et dont je vous ai déjà parlé lors de notre deuxième étape.

 

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On a beau avoir déjà  sillonné  Karukera depuis une dizaine de jours nous restons ébahis par l’exubérance de la végétation et la vitalité de certains arbres tels ce figuier maudit, immense pieuvre végétale qui lance ses branches-tentacules à travers la forêt.

 

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Les « bombes » volcaniques projetées par les éruptions leur servent de points d’ancrage et permettent ainsi à ces arbres de résister aux plus violents cyclones.

 

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Et quand certains, malgré tout, tombent foudroyés par un orage ou leur grand âge leurs congénères leur tendent une branche secourable pour les soutenir.

 

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Mais je pense que cette solidarité arboricole a des limites, car si cet arbre là chutait, je doute qu’il soit  accueilli à « branches ouvertes » par ceux qui l’entourent !

 

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Au bord d’une mare alimentée par une source nous faisons une étonnante découverte : une pierre gravée il y a près de mille cinq cents ans par les premiers occupants de l'île, les Arawaks,  venus d’Amérique du Sud. Elle représente une femme en train d’accoucher en position assise comme c’était la tradition chez cette peuplade.

Les Arawaks, peuple pacifique,  furent décimés  entre le VIIème et les IXème siècle, à l’exception des femmes, par  les Caraïbes (ou Kalinas dont le nom signifie «guerrier») venus du Vénézuela  et qui ont donné le nom de Karukera (l’île aux belles eaux) à cette île.

Une fois installés à Karukera les Caraïbes ont colonisé toutes les Petites Antilles vers 1350. Malgré leurs aptitudes guerrières, ils seront à leur tour décimés dans les vingt premières années de la colonisation française de la Guadeloupe, qui débutera en 1635. Ainsi l'histoire humaine n’est-elle qu’une longue litanie de massacres et aucun peuple ne peut se prévaloir d’être supérieur  ou plus « civilisé » qu’un autre.

 

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Ce vestige d’un moulin d’une ancienne « habitation sucrière » qui servait à broyer la canne  témoigne que cette zone a été autrefois défrichée et exploitée. Mais les hommes ayant déserté les lieux  depuis plus d’un siècle, la nature a reconquis son territoire.

 

 

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Mais reprenons notre progression dans cette jungle mésophile ou l’entrelacs de lianes nous fait croire qu’elle est peuplée de marsupilamis.

 

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Au cœur de cette jungle luxuriante mon ami Gibus, toujours à la recherche de sensations fortes ne peut résister à l’appel des lianes (petit clin d'oeil épistolaire aux Elianes qui me lisent !).  Je ne serais pas surpris qu’un producteur d’Hollywood en voyant ce reportage ait l’idée de lui confier le rôle de l’inoubliable  Johnny Weissmuller pour faire un »remake» de « Tarzan l’homme singe » !

 

 

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Marie  voyant son « homme » ainsi voltiger d’arbre en arbre se sent alors une âme de Jane et veut suivre le même chemin. Mais une liane ne résiste pas à sa fougue (oui, oui, c’est bien sa fougue qui est en cause !)

 

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Nous arrivons en vue de la « Grande Pointe » dite aussi « Pointe à la Taste » où est installée une ancienne batterie qui gardait le canal des Saintes, groupe d’îles que l’on aperçoit à l’horizon. Il faut dire que l’histoire de Karukera a été mouvementée. Délaissée par les espagnols qui possédaient  les Grandes Antilles (Cuba, Saint-Domingue, Porto Rico, Bahamas, Jamaïque) ainsi qu’une partie de l’Amérique centrale et du Sud, elle fut envahie tour à tour par les français puis les anglais jusqu’en 1763 où ces derniers y renoncèrent définitivement et reçurent de notre pays le Canada en guise de compensation. Comme on le voit, nos hommes politiques ont toujours été très avisés !

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Aujourd’hui seule la mer part à l’assaut de la cote où elle fait naître de magnifiques gerbes d’écume nées des vagues qui se déchiquètent sur les coulées de lave acérées.

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Le sentier côtier s’arrête à l’Anse  Grande Ravine où le littoral ne se prête plus à la marche à pied.

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Il faudrait être une frégate pour continuer d'explorer la côte ! Cet étonnant oiseau marin, dont le plumage perméable ne lui permet pas de flotter ni de plonger dans l’eau, se nourrit en attrapant les poissons traqués par les thons ou les dauphins au moment où ils  sortent hors de l’eau. Nous faisons donc demi-tour, mais qui se plaindrait de revoir les paysages que nous venons de parcourir !

 

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Je vous invite à aller écouter les chansons que j'ai composées et qui sont diffusées sous mon nom d'artiste OLD NUT sur 

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Texte & Photos (sauf 4ème) Ulysse

19/09/2015

A la découverte de Karukera 7 - Chutes du Carbet et plage de Roseau

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Quand j’étais adolescent j’ai rêvé, vibré, frissonné en dévorant les récits d’exploration en Afrique de David Livingstone, Henri Stanley ou de Savorgnan de Brazza. Fasciné par leurs aventures, je dessinais des cartes géographiques où j’inventais de nouveaux continents dont je nommais les rivières, les monts, les déserts, et les forêts.

En pénétrant dans les forêts de Karukera j’ai retrouvé ces émotions de mon adolescence. La luxuriance, la densité, la diversité des espèces végétales que l’on y trouve – elles comportent plus de 350 espèces d’arbres – suscitent l’émerveillement et créent une sensation de mystère. On y  ressent, palpable dans l’air, l’élan vital qui dresse ces lianes, ces fougères, ces frondaisons dans une course folle vers la lumière. La vie et la mort en ces lieux sont indissolublement liées, les plantes à terre nourrissant celles qui s’élèvent dans un ballet euphorisant. Immergés dans cet univers, nous comprenons que nous sommes des points de conscience qui clignotent de vie en vie sur la trame de l’éternité.

 

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S’il n’y a pas de cités oubliées à y découvrir, ces forêts sont riches en chutes magnifiques, dont celles du Carbet que nous allons aujourd’hui explorer. Trois chutes, en effet, ponctuent le cours de ce torrent qui prend sa source à 1300mètres d’altitude en plein cœur du massif de la Soufrière et se jette dans la mer en aval de Capesterre, petite ville située au sud de la Côte au Vent de Basse-Terre.

 Seules la deuxième chute, située à 700 mètres d’altitude et  haute de 110 mètres  que l’on aperçoit ici, et la première, qui fait un saut de 125 mètres à 1000 mètres d’altitude, sont accessibles. Le sentier qui mène à la troisième chute, située très en aval a été emporté par un glissement de terrain.

 

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Si l’accès à la deuxième chute est relativement aisé, le chemin qui mène à la première demande quelques d’efforts.  Il faut, en effet, grimper 300 mètres de dénivelé, le sentier étant toutefois  bien aménagé (un peu trop à mon goût)  sauf dans sa partie terminale un peu plus sportive. Vous êtes prêts ? Alors on y va !

Cette zone de la forêt est particulièrement riche en balisiers dont les fleurs ornent la forêt de guirlandes de flammes. Inutile d’appeler les pompiers car nous sommes ici sur le flanc nord de la Soufrière où les nuages larguent quotidiennement d’épisodiques ondées qui ourlent les fleurs de perles d’eau cristallines.

 

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 La nature ici est pleine de fantaisie et orne de dentelles végétales  les troncs d’arbres vénérables qui ne semblent pas en prendre ombrage ! Ces vieux "durs" auraient-ils des cœurs de midinettes ?

 

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Au fur et à mesure que nous grimpons le bruit de la chute se fait de plus ne plus présent.  Elle apparaît soudain dans un déchirure du brouillard qui recouvrait jusqu’alors la forêt.

 

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Du fait du brouillard on a l’impression que c’est le ciel laiteux qui se déverse par l’échancrure qui entaille la paroi du cirque de plus de 120 mètres de haut.

 

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On escalade alors le chaos rocheux qui s’est formé au pied de la cascade, rendu glissant par les embruns emportés par le vent.

 

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Nous éprouvons alors un bonheur intense d’être ainsi seuls au milieu d’une nature vierge et sauvage, le front caressé par le vent chargé d’embruns. Oui, vraiment le bonheur est dans "l’ être" et non dans "l’avoir" et dérisoires nous paraissent alors les plaisirs que nous procurent les biens matériels, à l’exception – soyons honnêtes – de ceux que nous distille la possession d’une bouteille de Karukera, de Damoiseau ou de Bologne accompagnée, cela va de soi, d'un doigt de jus de cane et  d'un citron vert !

 

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 Soudain nous entendons une voix caverneuse qui nous interpelle en nous disant «Alors les p’tits gars, ça vous plait le coin ? » Nous levons la tête et apercevons la tête d’un géant hirsute qui sort du flanc de la falaise. « Je suis le gardien des chutes » nous dit-il  « je veille à ce que les gens qui viennent ici, ne se baignent que s’ils sont à jeun,  car il y a des remous et il faut avoir bon pied !  Etes vous à jeun ? Mettez vous sur un pied et tirez la langue que je le vérifie ! » Interloqués, nous nous exécutons et parvenons à maintenir tant bien que mal notre équilibre . « Bon, c’est limite, votre langue est un peu chargée et vous le chauve, vous branlotez,  mais vous pouvez y aller,  l’un après l’autre c’est plus sûr ! » nous dit-il.

 

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Sous le regard du gardien nous nous baignons donc l’un après l’autre, lui étant reconnaissant pour sa mansuétude, car à vrai dire la veille au soir nous n’avons pas été très raisonnables. Mais vient-on à Karukera pour être raisonnables ?

 

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Revigorés, nous prenons le chemin du retour éclaboussés par des étincelles que le soleil, enfin revenu, projette entre les mailles de la trame végétale que forment les fougères arborescentes.

 

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Nous allons nous remettre de nos efforts sur la plage de Roseau bordée de cocotiers, immenses échassiers unijambistes, qui tendent leur houppe au dessus des flots au bout d’un long cou gracile.

 

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Il faut se méfier de cet arbre qui fait rêver les voyageurs du monde entier. Gare, en effet, à celui qui voudrait jouir de son ombre pour y faire une sieste, car il a la fâcheuse habitude de laisser tomber de temps à autre une noix de coco capable de vous envoyer « ad patres ». C’est ainsi que les noix de coco tuent, paraît-il, chaque année plus de gens que les requins !

 

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Mais on ne leur en tient pas rigueur tant ils ont de charme ! Sans leur présence on pourrait croire que l’on se baigne à Palavas–les-Flots ou à Saint Jean de Mont et qui a envie de passer ses vacances dans ce genre de stations?

 

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Avec eux le plus mauvais photographe devient un artiste et c’est pourquoi j’ai tendance à en abuser !

 

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Outre les cocotiers, les plages de Karukera ont un autre sujet d’intérêt : les pélicans!

 

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Ils passent leur temps a effectuer des démonstrations de plongée pour le plus grand bonheur des touristes, à croire qu’ils touchent une prime (en poissons) des syndicats d’initiative locaux.

 

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On peut dire qu’ils ne ménagent pas leur peine faisant même parfois des duos presque parfaitement synchronisés.

 

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Subjugués par cet étonnant spectacle, nous n’avons pas vu le temps passer.  Mais le soleil s’apprête à tirer sa révérence et il est donc temps de rentrer pour le Ti Punch Time !

 

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Et comme en France tout finit par des chansons je vous invite à aller écouter celles que j'ai composées et qui sont diffusées sous mon nom d'artiste OLD NUT sur 

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Texte @ Photos Ulysse (sauf  quatre de Buffler)